CAN : Section Eau Douce

Les Cichlidés Conchilicoles

La chimie de l'eau du lac
La nourriture
Neolamprologus multifaciatus
Neolamprologus similis
Sp aff L. Ornatipinnis

Passionnés par les cichlidés du lac Tanganyika depuis 25 ans (j' ai commencé cette aventure avec un couples de "princesse du Burundi" le très célèbre néolamprologus Brichardi ) bien sûr il y eu des hauts et des bas en fonction du temps disponible à consacrer à ma passion mais aussi en fonction du budget qui lui était réservé .Les cichlidés conchilicoles sont apparus dans mes bacs il y a 15 ans environ et depuis ne les ont plus quittés. En dehors de l'intérêt comportemental , du mode de reproduction ou tout simplement de la curiosité il faut reconnaître que le maintient de ces petits cichlidés présentent un gros avantage puisque pour la plupart d'entre eux un bac de 50 l suffit et qu' un volume de 500 l convient également. Le petit aquarium permettra de conserver et reproduire une espèce, le gros volume offrira la possibilité de reproduire un petit fragment de biotope et de maintenir une colonie plus importante de conchilicoles. Dans la pièce réservée à mes poissons du Tanganyika ,chaque aquarium important abrite une espèce définie. Je vais essayer dans ces quelques lignes de reprendre les espèces les plus fréquente et au travers des diverses publications et de mes notes personnelles d'éclairer les aquariophiles désireux de maintenir une ou plusieurs espèces de conchilicoles, pour les espèces plus rares ou peu importées seuls quelques renseignements glanés dans les livres serviront de support .

Comment parler de nos hôtes sans faire un bref rappel sur le lac Tanganyika.  

Situé en Afrique de l'est le lac Tanganyika est entouré par 4 grands pays

Le lac Tanganyika fait partie des grands lacs du rift africain , avec 650 km de long et environ 34000 km2 c'est le 7ème lac du monde par sa superficie et le second par sa profondeur (1470m) seule la partie située dans les 200 premiers mètres intéressent l'aquariophilie .Les côtes  sont constituées d'éboulis rocheux , de failles ou de plages de sable. Posées sur le fond sableux  ou vaseux des étendues recouvertes de coquilles vides (principalement de genre Neothauma) abritent les cichlidés conchilicoles.

Conchilicoles

La chimie de l'eau du lac

C'est sans doute un point important que devra respecter l'aquariophile désireux de maintenir les espèces du Tanganyika en effet le pH y est très élevé , il varie entre 7,5 et 9,0 selon le prélèvement (embouchure d'un fleuve ou le milieu du lac. Il y a une grosse quantité de sels dissous il en résulte une conductivité élevé entre 580 et 620 µs. La plus grande masse du lac est un milieu anaérobie seuls les 200 premiers mètres contiennent de l'oxygène au nord, au sud il n'y a plus d'oxygène en dessous de 100 m .(Konings)L'eau n'est guère transparente, près de l'embouchure des fleuves l'eau est verdâtre au milieu du lac elle est bleutée .

Voici un relevé du Dr Kuferath (exploration hydrobiologique Belge 1946-1947 )

Na2CO3 125mg/L KCl 59mg/L
KNO3 0.5mg/L CaCo3 30mg/L
Al2(SO4)18H2O 5mg/L K2SO4 4mg/L
Na2SO4 1mg/L FeCl6H2O 0.5mg/L
Na3PO4 12H2O 0.4mg/L Na2SiO3 3.5mg/L
MgCO3  144mg/L

On remarque immédiatement la haute teneur en hydrogénocarbonate de sodium et de magnésium l'eau de conduite devra souvent être analysée pour pouvoir ajuster correctement les valeurs .

Personnellement j'utilise une formule mise au point par M.TARALL : (pionnier lorrain du maintient des cichlidés du lac Tanganyika) dont je vous livre la composition :

Sulfate de magnésium 200g Bicarbonate de magnésium 250g
Bicarbonate de sodium 350g Chlorure de potassium 150g
Carbonate de lithium 20g Silicate de sodium 30g

J'utilise 0,30g par litre d'eau osmosée . L'utilisation de la colorimétrie pour l'analyse chimique est fastidieuse et très coûteuse dans le temps, j'ai opté pour l'utilisation d'un conductivimêtre, peu onéreux et qui donne la teneur en sels dissous en quelques secondes, j'essaie de maintenir les valeurs entre 500 et 700µS. Bien sur on peut maintenir des cichlidés conchilicoles sans acrobatie chimique mais si on veut obtenir les plus belles couleurs et surtout des reproductions fréquentes il sera souvent indispensable de faire quelques manipulations. La température est à peu près constante toute l' année et se situe entre 26° et 27°. Comme nous l'avons décrit d'importante quantité de coquilles vides parsemant  le fond sableux ou veux, en fonction du mode de vie, les cichlidés conchilicoles vont occupés soit de vaste étendues de coquilles vides, (c'est le cas de N .L multifaciatus qui vit sur un véritable matelas de coquilles) ou occuper des coquilles isolées comme N.L meeli  .

ConchilicolesConchilicoles

Les prédateurs sont nombreux dans le lac mais nos petits cichlidés , complètement inféodés à leur territoire minuscule, sont protégés ; il existe pourtant dans le lac un prédateur friand de ces espèces le cobra d'eau (Boulangerina annulata stormsi ). La coquille  inviolable par les grands piscivoresd u lac, se transforme en tombeau pour le petit cichlidé piégé par le cobra , ce dernier s'introduit dans la coquille, il n'y a aucune issue pour son hôte.

La nourriture

Bien que toutes les formes de nourritures soient acceptées par les cichlidés conchilicoles, il semble indispensable d'y attacher un soin particulier car une bonne nourriture est à la fois un élément indispensable pour la vie et l'équilibre de nos hôtes, un facteur influant sur la coloration et un stimulateur des pontes ce qui devient rapidement un objectif lorsque nous maintenons une espèce.

1/ les nourritures vivantes.

L'apport de nourriture vivante dans l'alimentation est sans aucun doute le meilleur choix, mais elle n'est pas toujours disponible dans le commerce et l'élevage en est souvent fastidieux. Notez toutefois que certains élevages sont possibles sans trop de difficultés : µvers, anguillure du vinaigre et nauplii d'artémia pour les alevins, daphnies, vers Grindal et enchitrés pour les poissons sub-adultes ou adultes.
Nota : Une brochure simplifiée sur l'élevage est disponible au club pour 2 euros.

2/ Les nourritures sèches

Elles sont variées en poudre ou granulés, la granulométrie varie en fonction des besoins, les formules sont souvent bien équilibrées. Il faudra être attentif sur la quantité distribuée car les résidus non consommés se dégradent et polluent l'aquarium (n'oublions pas que dans les bacs de nos conchilicoles le plus souvent il n'y a pas de poissons de fonds qui consomment la nourriture excédentaire).

3/ Les nourritures congelées

On trouve de tout, c'est disponible toute l'année, c'est pratique d'utilisation, l'emballage est étanche, le stockage est facile dans un simple compartiment congélateur du frigidaire mais c'est cher et si cela peut-être une solution d'appoint il est évident que le nourrissage quotidien de plusieurs espèces ne peut s'envisager avec les propositions du commerce.

4/ La formule " maison "

Ou peut-être aurais - je du dire les formules " maison " car chaque cichlidophile a sa recette. Je vous donne la mienne.

L'ensemble est passé au mixer puis mélangé et conditionné dans des sacs congélations : (pas trop épais afin de pouvoir casser les plaques facilement pour ne distribuer que l'utile) .
Nota : une partie de la préparation peut-être finement broyée pour une distribution aux alevins.

Après ces quelques rappels et afin d'éclairer un peu le débutant nous allons visiter ce groupe de cichlidés conchilicoles, et pour commencer le plus célèbre d'entre eux :


Neolamprologus multifaciatus (Boulanger 1906 )

Conchilicoles

J' aurais pu commencer par l'ordre alphabétique et dans ce cas altolamprologus compressiceps sumbu était à l'honneur mais le « multifaciatus » est peut être le plus connu et le plus reproduit parmi les conchilicoles, qui maintenant cette espèce n'a pas eu un bac littéralement colonisé par plusieurs générations de jeunes issues d'un seul couple ?

L'holotype a été collecté en 1904 par W.A. Cunnington et décrit en 1906 par Boulenger.

Max Poll dans son traité sur l'exploration hydrobiologique du lac Tanganyika (1946-1947) signale cette espèce comme assez rare.

Description : hauteur de corps comprise 3,2 à 3,4 fois , longueur de la tête 2,65 à 3,1 fois dans la longueur standard . Le museau est court de longueur 2,7 à 3,3 fois celle de la tête légèrement plus large que long ; le maxillaire à peine visible s'étend  jusqu'au niveau de bord antérieur ou du ¼ antérieur de l'œil ; la mâchoire inférieure est comprise entre 1,9 et 2,25 fois dans la longueur de la tête ; le menton est légèrement proéminent  ( M . Poll )

C' est le plus petit des cichlidés du lac environ 35 mm.

La coloration montre une livrée discrète 12 à 14 barres qui traversent le flanc et se continuent sur la dorsale, on remarque 3 à 4 barres sur la caudale. Sa répartition géographique se limite aux eaux Zambiennes, il est péché à une profondeur entre 10 m et 25 m, c'est une espèce lacustre. En  aquarium ce petit cichlidés est pacifique pas d'agressivité intra ou inter spécifique et son observation nous révélera très vite l'organisation d'une cellule familiale très hiérarchisée. L'organisation du bac devra prendre en compte les habitudes de notre protégé, dans son milieu naturel le «multi » vit sur un véritable matelas de coquilles principalement du genre Néothoma, nous pourrons facilement remplacer ces dernières par des coquilles d'escargots de Bourgogne. Si on maintient Neolamprologus dans un petit aquarium 30 à 50 litres, un seul couple sera introduit, les pontes successives permettront la totale occupation de la surface au sol le couple élève ses jeunes et plusieurs générations vivront pacifiquement sur ce petit territoire.

Dans un bac plus grand il en est autrement, les phénomènes de territorialité sont plus important et si on introduit un groupe de Multifaciatus un mâle dominant assurera seul la reproduction avec le nombre de femelle disponible il n'y a pas envers les occupants du bac d'agressivité mais le mâle Multifaciatus dominant saura éloigner les intrus sur son territoire. Petit à petit avec le temps il y aura, c'est inévitable, une colonisation de la totalité du bac (eh oui ! ) ( au musée de zoologie de Nancy un groupe occupait la totalité de la surface au sol d'un bac de 800 L ) ;

En complément de ces quelques données je vous conseille vivement la lecture des observations faites en milieu naturel par E.Genevelle : http://tanganyika.netliberte.org


Neolamprologus similis

Conchilicoles

Ce petit cichlidés pourrait si l'on y prenait pas garde être confondu avec Néolamprolous multifaciatus mais le connaisseur ne se trompe pas, si par sa morphologie la ressemblance est frappante la robe présente une différence bien marquée. Récemment le commerce proposait ce cichlidé son le nom de Multifaciatus "Big Eye"( en rapport avec ses yeux ). L‘origine de Similis vient peut-être  de sa similitude avec Multifaciatus.

Découvert par Konings on le trouve dans la partie médiane du lac avec une distribution sur les côtes de la république démocratique du Congo ( Zongwe - cap Tembwe ) et en Tanzanie ( Bulu Point ).

Comme Multifaciatus le flanc est traversé par une série de barres verticales bien marquées. Elles se prolongent sur la queue mais à la différence de Multifaciatus, on retrouve les barres sur la tête de Similis. Elle sont plus discrète sur la dorsale qui se termine par un liseré sombre, l'œil rond est plus gros.

La taille est environ de 5 cm, comme chez Multifaciatus la femelle est plus petite.

A la différence de Neolamprologus Multifaciatus, la littérature mentionne que des individus sont trouvés à proximité des failles rocheuses. Il n'y aurait donc pas une exclusivité pour les étendues de coquilles vides. En aquarium à la présentation des deux types de territoires, seuls les coquilles vides sont colonisées ;dans mes bacs, aucune reproduction ailleurs que dans les coquilles. Si l'on peut parler de  cellules familiales dans l'observation du comportement de N.L multifaciatus, il n'en est pas de même avec N.L Similis. Il est fréquent de rencontrer en bac spécifique habritant des « multifaciatus », plusieurs génération de jeunes et de subadultes alors que seuls, parents et jeunes alevins cohabitent en bac spécifique abritant des N.L. Similis l'espèce est d'ailleurs moins prolifique. J' ai remarqué que certain mâle avait tendance à supprimer les alevins si on ne les isolait pas rapidement. Ce comportement n'est pas généralisé mais mérite d'être signalé car il apparaît régulièrement. Comme Multifaciatus les alevins sortent de la coquille à une taille de 3 à 4 mm ils grandissent relativement vite s'ils sont nourrit fréquemment.


Sp aff L. Ornatipinnis

Conchilicoles

La littérature mentionne très rarement ce conchilicole. Trouvé par Heinz H.Buescher en 1993, c'est un poisson de découverte récente et dont la description scientifique n'a pas fait l'objet de parution.

C'est dans une revue allemande " DATZ TANGANJIKASSE " que H.Buescher signe un article qui relate la découverte de ce petit cichlidé.

La première rencontre date de 1993, à 40km au sud de Moba (Moba se situe en république démocratique du Congo, entre cap Tembwe et Tembwe deux.) Le territoire de sp aff L.ornatipinnis se trouve à 40m sur une terrasse dans une falaise tombant à pic. Le sol est recouvert de sable fin et de sédiment. Dans cette zone géographique, on trouve également des Nl similis, pectoralis et ventralis. Tous les individus récoltés lors de la première expédition sont des mâles, pas de coquilles, pas de femelles……

L'année suivante, H.Buescher est reparti au même endroit, les mêmes observations sont constatées, mais dans la couche de sédiment, l'auteur aperçoit, isolée, une petite coquille de " Lavigéria " un gastéropode du lac Tanganyika. La coquille très petite renferme une femelle. Plusieurs couples furent ramenés et placés en aquarium et c'est en 2000 que j'ai acheté à H.Buescher 2 couples de cette espèce très rarement maintenue en aquarium.

Conchilicoles

Description :

Le mâle adulte mesure 96mm, la femelle adulte mesure 33mm. Nous avons donc là un cas de dimorphisme sexuel exceptionnel, d'un rapport de 1 à 3 ce qui est rarissime, un autre cas connu dans le lac Tanganyika est le célèbre Nl. calliptérus. La femelle est grise, le mâle présent une robe de fond beige avec des écailles irisées de bleu. La nageoire dorsale est bordée d'un liseré jaune surplombé de noir. La nageoire caudale présente une transparence légèrement orangé dans la partie la plus externe. C'est sous un éclairage discret que ce petit conchilicole est le plus joli.

En aquarium :

H.Buescher constate que ce poisson est rarement polygyne, contrairement à Nl calliptérus qui l'est toujours.

Mon premier couple fut placé dans un bac d'ensemble et, malheureusement le femelle est morte dès le lendemain.

Le second couple est placé dans un aquarium de 100l le sable de Loire constitue le substrat, dans un angle de l'aquarium 2 pots de fleurs sur lesquels surplombe une ardoise en plate-forme. De l'autre coté une coquille de Néothoma (gastéropode de petite taille du lac Tanganyika.) Les relation intra spécifiques sont houleuses sans pour autant être mauvaise. Je n'ai pas observé de parade nuptiale, elle semble très discrète, la femelle a disparu quelques temps dans la coquille et ne sortait plus, même pour ce nourrir. Puis la femelle est réapparue sans toutefois indiquer la présence d'alevins. Ce n'est que plus de 15 jours après que 3 alevins apparaissaient au bord de la coquille. Ces 3 alevins ont disparu brutalement et la femelle est morte quelques jours après.

Quelle est l'importance et la fréquence des pontes, quel est le rythme de croissance des alevins, quel est dans les pontes le ratio mâle / femelle ?

Se sont des questions qui malheureusement restent aujourd'hui sans réponse.

Le mâle a rejoint un bac d'ensemble consacré aux cichlidés du Tanganyika, son comportement interspécifique est parfait, il garde une prédilection territoriale les zones rocheuse.

L'alimentation :

Comme tous les lamprologiens, sp aff L.ornatipinnis ne pose aucun problème alimentaire, Krill, Mysis et Daphnies adultes sont appréciés, sont acceptés également les nourritures en granulés.

Ce poisson n'est pas une merveille mais son comportement n'est que trop rarement observé et mérite donc une attention particulière.

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